02 décembre 2011

Mère & Fils chez les Bourbons # 2

Veuve d’Henri IV et mère de Louis XIII, Marie de Médicis gouverna la France sous la minorité de son fils. Rapidement, sa politique devint favorable à l’Espagne et le rapprochement franco-espagnol se concrétisa par un double mariage en 1615. La princesse Elisabeth de France, sœur de Louis XIII, épousa l’infant d’Espagne, le futur Philippe IV. Et le Roi Louis XIII épousa l’Infante Anne d’Autriche, elle-même sœur du futur Philippe IV.

Cette union entre le Roi de France et l’Infante d’Espagne était un mariage purement politique, les mariés étaient âgés de 14 ans à peine. Pour éviter toute annulation, on contraignit le jeune Louis XIII à consommer immédiatement son mariage. La nuit des noces fut un fiasco total pour ces deux adolescents aussi timides qu’inexpérimentés. Le jeune époux en ressentit une profonde humiliation et ne voulut plus partager le lit conjugal durant les quatre années suivantes.

Malgré un rapprochement conjugal et quelques espoirs de grossesses vite déçus, le couple royal resta stérile durant vingt-deux années. La Reine Anne, si vive et si jolie, vécut longtemps dans la crainte permanente d’une répudiation, faute de n’avoir pu enfanter. Malgré cette mésentente conjugale et la misogynie du souverain, la pression était si forte qu’au point que Louis XIII décida enfin de se rapprocher de son épouse en cette fin du mois de Novembre 1637. Le mois suivant, la Reine Anne est enfin de nouveau enceinte à 36 ans. Cette espérance ne fut confirmée officiellement qu’en février 1638 et l’enfant naquit le 5 septembre 1638.

C’est Louis Dieudonné ainsi prénommé car sa venue était quasiment inespérée d’où cette appellation de « l’enfant du miracle ». Deux ans plus tard, en septembre 1640, naquit un second fils : Philippe, Duc d’Anjou et futur Duc d’Orléans.

Ces deux maternités tardives transformèrent la Reine Anne. De la  jeune et frivole Reine de France, il n’en resta plus que le souvenir. Dorénavant, Anne d’Autriche devint plus française qu’espagnole, se vouant entièrement à ses enfants et bientôt, aux affaires du Royaume.

L’enfance de Louis XIV revêtit un caractère exceptionnel en ce XVIIème siècle : il eût une enfance assez heureuse avec une mère aussi tendre que très présente. Le futur Louis XIV et son frère Philippe passaient effectivement beaucoup de temps avec leur mère et développaient ainsi une grande affection pour elle. C’était une relation maternelle et filiale qui passait pour être assez originale aux yeux de leurs contemporains.

Anne d'Autriche

Ce tableau d’un peintre anonyme fait ressortir cette relation particulière entre la mère et le fils. Quand la Reine de France se représenta avec son fils, elle voulait sans doute souligner la tendresse et l’adoration mutuelle qui les lient.

Nous devons être entre 1639 et 1640, la Reine Anne est représentée assise et donnant sa main à son fils, le Dauphin de France, qui se tient debout sur une table. Ce petit garçon semble jouer avec la main de sa mère. Ici encore, le Dauphin porte une robe et on reconnaît aussi le ruban bleu de l’Ordre du Saint Esprit. Durant ces années-là, les dentelles étaient très à la mode, c’est pourquoi le Dauphin porte également un grand col et un tablier blanc ornés de dentelles. Quant à sa mère, elle est vêtue d’une robe de belle étoffe brodée et bien que ses bijoux soient assez discrets, on devine quand même une certaine majesté dans son maintien.

La posture de la Reine répond au titre du tableau : « Anne d’Autriche présentant son fils, le Dauphin de France ». La Reine est en position assise, cela met en valeur son fils et la main qu’elle lui offre suggère aussi l’idée de la présentation officielle : « Voici mon fils, l’héritier du Royaume de France » semble-t-elle penser.

De plus, on peut noter que le Dauphin est représenté avec la tête plus haute que celle de sa mère. Cela suggère que la Reine veut souligner l’importance de son fils et si elle est assise, c’est pour qu’on puisse mieux le voir. Il y a ici un tendre respect maternel envers le futur Roi de France.

Enfin, nous remarquons un dernier détail : les regards sont adressés l’un vers l’autre. Cela renforce l’idée d’une affection mutuelle plus forte que la dimension politique du tableau.

Madame Louis XIII ZOOM

Cet amour maternel teinté de respect s’exprima une nouvelle fois, au moment où Petit Louis devint Roi à l’âge de quatre ans et demi, le 14 mai 1643. Après que son époux Louis XIII eût expiré, la Reine courut rejoindre son fils pour lui annoncer le changement et s’agenouillant devant lui, elle prononça ces mots suivants : « mon Roi et mon fils ».

En raison du très jeune âge de l’enfant roi, Anne d’Autriche fut nommée Régente de France et prit les rênes du pouvoir avec l’appui du Cardinal Mazarin.

Malgré la forte instabilité politique de la France durant de nombreuses années, Anne d’Autriche sut conserver le trône pour  son fils, Louis XIV. Les difficultés vécues durant la Fronde et les rivalités entre les puissants nobles soudèrent encore plus la mère et le fils. Ainsi Louis XIV vouait une dévotion éternelle à sa mère et à son parrain, le Cardinal de Mazarin car ils avaient su garder son trône.

En 1661, lors de la mort de Mazarin, Louis XIV prit totalement le pouvoir et Anne d’Autriche lui laissa alors l’entière responsabilité des affaires du Royaume. N’ayant pas le goût de la politique ni du pouvoir, la Reine-mère sut se retirer au bon moment au contraire de sa belle-mère, l’autoritaire Marie de Médicis.

Quand Anne d’Autriche s’éteignit le 20 janvier 1666, Louis XIV lui fit un bel éloge funèbre « La reine-mère n’était pas seulement la plus grande des reines, mais le plus grand des rois. »

Posté par Petite Marquise à 10:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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